La Naissance du Judo

 

Vers 1875, le Ju-Jitsu était en voie de disparition. Seuls quelques anciens samouraïs le pratiquaient encore, mais ils ne trouvaient plus d’élèves pour recueillir leur savoir. Aussi lorsque vers 1877 un jeune étudiant d’une intelligence brillante mais de constitution chétive, nommé Jigoro Kano, voulut étudier le Ju-Jitsu, ne trouva t-il personne pour le lui enseigner. Adolescent, Jigoro Kano pesait moins de 48 Kg et ne mesurait guère plus de 1,50 m. Aussi le jeune homme était-il sans cesse l’objet de mille tracasseries de la part de ses condisciples, heureux de pouvoir le brutaliser impunément puisqu’il n’était pas de taille à se défendre. A 17 ans, Kano fut admis à l’université de Tokyo. C’est alors qu’il voulut s’initier au Ju-Jitsu afin de résister aux brimades. Personne ne voulut d’abord l’y aider, chacun considérant que cette vielle pratique du passé était devenue sans intérêt. Kano dut chercher longtemps avant de trouver un professeur. Il finit par rencontrer Hachinosuke Fukuda qui pratiquait la méthode de l’école Tenjinshinyo. Pendant deux ans, Jigoro s’y initia, mais Fukuda mourut. Kano devint alors l’élève de Mataemon Iso, expert de l’école Kito. Quand Iso mourut à son tour, Kano avait montré tant d’aptitudes et de persévérance qu’il hérita des quelques documents de son professeur.

 

 

Enfin, en mai 1882, Kano décidait d’ouvrir sa propre école. Il choisit le terme « judo » pour désigner sa méthode plutôt que Ju-Jitsu, pour le moderniser, mais surtout parce que la terminaison «do» qui signifie «» lui paraissait plus appropriée que «jitsu» qui veut dire « technique». Le Judo, en effet, ne se voulait pas guerrier mais éducatif. Ce ne devait plus être une arme de combat mais un sport, un moyen pour l’individu de pratiquer une activité physique capable de lui procurer santé, muscles, force, équilibre et souplesse mais aussi épanouissement moral, tranquillité d’esprit et stabilité intellectuelle. Kano donna à son école le nom de Kodokan – lieu où l’on étudie la voie – et l’installa dans une petite salle désaffectée d’un vieux temple de tokyo. Au bout d’un an, il n’y avait que neuf élèves. C’étaient des adolescents de 15 à 18 ans. Kano, lui, en avait juste 22. Il était à l’époque professeur assistant dans le lycée des fils des nobles japonais et c’est lui qui devait payer l’entretien de la salle de Judo et subvenir aux besoins de ses élèves. Pour y parvenir, en plus de ses cours, il faisait des traductions d’anglais car il connaissait parfaitement cette langue, ce qui était alors rare au Japon

 

- Jigoro Kano

 

 

Jigoro Kano est né le 28 octobre 1860 à Mikage, dans la province de Hyogo. Son père, ancien directeur du matériel naval, encouragea son fils à faire des études afin de devenir un personnage instruit. C’était justement l’époque où l’éducation nationale japonaise était en pleine organisation. Lorsque Jigoro fut admis à l’Université impériale de Tokyo en 1877, celle-ci n’avait qu’une dizaine d’années d’existence. Le jeune Kano étudia les sciences politiques et économiques, ainsi que la langue anglaise. Il envisageait de faire une carrière politique, mais après avoir créé le Judo, il décida de se consacrer à l’éducation. Il devint lecteur, puis professeur à la Peer’s school, l’école des nobles. Il fut ensuite nommé professeur à l’école normale supérieure de Tokyo puis conseiller auprès du ministre de l’éducation et enfin directeur du département de l’éducation scolaire au ministère, ce qui était un poste de très haute responsabilité.

En 1909, il fut élu représentant du Japon au Comité Olympique International et il le demeura jusqu’à sa mort en 1938. A ce titre, il assista aux 5 éme Jeux à Stockholm en 1912, à ceux d’Anvers en 1920, à ceux d’Amsterdam en 1928, à ceux de Los Angeles en 1932 et à ceux de Berlin en 1936. Naturellement, il fit admettre le judo comme activité physique dans les écoles et les lycées du Japon puisqu’il en était le créateur, mais il s’intéressait aussi à toutes les autres disciplines et l’on peut affirmer qu’il fit autant pour l’essor des autres sports que pour le Judo. En fait, il voulait que la pratique sportive soit reconnue comme un élément éducatif au même titre que les disciplines intellectuelles.

 

 

En 1911, il créa et officialisa l’Association athlétique du Japon qui pouvait être considérée comme la Fédération nationale des sports de l’époque. Il en fut naturellement élu le président. On considère qu’il fut le «ère» du sport japonais. En plus de ses déplacements dans le cadre de l’organisation olympique, Jigoro Kano fit de nombreux voyages officiels hors du Japon, surtout en Europe et en Chine. Il vint trois fois en France au cours de ces voyages et en 1936, il y rencontra Paul Bonét-Maury qui allait devenir le premier président de la Fédération française de judo. Jigoro Kano fut également l’un des membres de la commission désignée par le gouvernement pour transcrire la langue japonaise en caractère romains, ce qui était une nécessité pour établir des relations avec les étrangers. Toute sa vie, Jigoro Kano oeuvra pour le judo et pour le sport. Tant pour ses résultats en ce domaine que pour son action inlassable dans le domaine de l’éducation, il reçut les plus hautes distinctions japonaises et étrangères et fut considéré comme l’une des personnalités les plus marquantes du sport national. Il mourut d’une pneumonie le 4 mai 1938 à bord du bateau Hikawa-Maru qui le ramenait au Japon alors qu’il venait de participer à une session du Comité olympique international au Caire, en Egypte. Aujourd’hui, une statue en bronze s’élève à Tokyo à l’entrés de l’actuel Kodokan pour rappeler le souvenir de celui qui fut l’un des hommes les plus remarquables de son temps.

 

 

- Premier ClubLe Kodokan

 

Le Kodokan fut le premier dojo de l’histoire du judo. Un dojo est une salle d’entraînement. A sa création, le Kodokan était minuscule, il occupait une surface de 24 m², dans une salle annexe et délabrée d’un vieux temple usé par les ans. Quand les premiers élèves commencèrent l’entraînement, les secousses provoquées par les chutes ébranlèrent les fondations de bois de la maison, qui cassaient les unes après les autres. Il ne se passait guère de jours sans que Kano et ses disciples n’aient besoin de démonter les nattes, les tatamis, recouvrant le plancher, pour réparer et consolider tant bien que mal les soubassements qui tombaient en morceaux. De plus, le bonze responsable du temple ne décolérait pas car les vibrations secouaient tellement l’ensemble du bâtiment que les gravures pieuses et les images peintes sur bois tombaient sans cesse des cloisons où elles étaient accrochées !

 

Un an plus tard, le Kodokan dut déménager, ce qu’il fit d’ailleurs plusieurs fois par la suite car les judokas devenaient plus nombreux d’année en année. Bientôt, aucune école de l’ancien Ju-Jitsu ne concurrençait plus le judo qui faisait l’unanimité. Le jour où le plus fameux des ju-jitsukas, Sakujiro Yokoyama, rallia le Kodokan pour se mettre à la pratique du judo, on pu dire que le judo avait définitivement remplacé le Ju-Jitsu. En 1909, le Kodokan devint officiellement un institut. En 1919, un immeuble fut spécialement construit pour l’abriter. Il fit place en 1958 à un nouveau building, moderne et fonctionnel que rêvent aujourd’hui de visiter les judokas du monde entier. C’est le Kodokan qui a le monopole de la délivrance des grades du Japon et, depuis sa création au Japon en 1882, un peu plus d’un million de ceintures noires y ont été enregistrées, dont 25000 attribuées à des étrangers. Car nombreux sont les judokas étrangers qui viennent en stage à Kodokan, parfois pour quelques jours, parfois pour des années. Les cours sont donnés par des professeurs respectés, les «ï» – les senseï sont les professeurs, toujours haut gradés, 8 éme ou 9 éme dan – mais la grande ambition de chacun est d’aller pratiquer le randori – entraînement libre – dans le grand dojo, impressionnante et immense salle de 1000m² autour de laquelle court une galerie pour les spectateurs.

 

On a vu jusqu’à 500 judokas s’entraîner ensemble dans le plus grand dojo et, parmi eux, les champions les plus glorieux, parés de titres olympiques ou mondiaux, perdus presque anonymement dans la foule, simplement repérables parce qu’ils projettent leurs partenaires plus souvent que les autres. Les meilleurs combattants de la police japonaise ou des universités viennent au Kodokan et l’on peut aussi y voir souvent de vieux maîtres dont certains ont le 9 éme dan, qui est le plus haut grade actuel. Dans les petits dojos annexes – trois de 300 m² et trois de 150 m² – des cours sont réservés aux enfants, aux femmes, aux étrangers et aux débutants. Dans la tour qui abrite les services administratifs, des chambres sont à la disposition des judokas de passage; on y trouve aussi un restaurant, une bibliothèque, un musée, un service d’édition… Et dans les couloirs desservant les dojos, des judokas circulent pieds nus ou chaussés de zooris, ces sandales japonaises qui glissent sur les planchers brillants. Car dans tous les dojos comme dans les maisons nippones, on enlève ses chaussures sur le seuil, que l’on soit un senseï vénérable, un champion du monde ou un débutant.

 

 

- Des points vitaux au cri qui tue

 

Longtemps le judo a été entouré d’un halo de mystère qui a piqué bien des curiosités. Chacun voulait connaître l’emplacement des «vitaux» qu’il suffirait de toucher pour foudroyer l’adversaire, ou bien tout savoir sur la modulation du «cri qui tue» ou enfin les prises fulgurantes qui projettent en l’air n’importe quel colosse. Il n’y a, en judo, ni secrets ni mystères. Les points vitaux existent. Mais chacun sait qu’un coup à la pointe du menton peut mettre K.O un adversaire ou qu’un choc au plexus solaire coupe la respiration. Qui ne s’est un jour cogné le tibia contre un pied de table ou un angle de bureau, sans en ressentir une violente douleurCar, à défaut de points réellement vitaux, en surface le corps a de nombreux endroits extrêmement sensibles.

Une connaissance un peu poussée de l’anatomie permet d’en découvrir beaucoup. Mais il ne suffit pas de poser simplement le doigt dessus pour que la victime tombe aussitôt en léthargieIl y a différentes façons de frapper ces points et la science de ces coups s’appelle l’«», qui exige une étude précise. L’exemple le plus connu d’atemi est celui du tranchant de la main sur la nuque, vulgairement nommé «du lapin» et qui peut être extrêmement dangereux. Quant au crie qui tue, le «», la part de la légende est là bien plus importante que la réalité. Ce qui est fort heureux car si, d’un simple cri, n’importe qui pouvait supprimer son voisin, convenons que la vie en société deviendrait bien difficile… Le cri lui-même, d’ailleurs, n’est qu’une simple extériorisation du kiai, lequel est un état à la fois physique et psychique que le judo aide à aborder, mais sans qu’il y ait nécessairement un rapport direct. En judo, celui qui possède la meilleur maîtrise de sa conscience, de sa volonté, de sa technique, de son équilibre, de sa respiration, possède le meilleur kiai et a toutes les chances de gagner. Souvent, les judokas crient au nomment de l’attaque. C’est en fait un acte respiratoire qui permet une plus complète utilisation de l’énergie au moment maximum de l’action. C’est la même chose que le «» du bûcheron quand il frappe l’arbre avec sa hache. En judo, ce cri peut impressionner l’adversaire et le dérouter un instant, mais il ne le met pas directement hors de combat.

 

Il n’en demeure pas moins que des exercices respiratoires précis peuvent, après un entraînement très long et difficile, comparable à certains aspects du yoga hindou, procurer aux pratiquants une forme d’énergie qui s’extériorise par un cri accompagnant la subite libération du souffle. La tradition japonaise affirme que les samouraïs experts pouvaient ainsi foudroyer des oiseaux en plein vol. Il n’y avait qu’un pas à franchir pour prétendre que l’on pouvait aussi tuer un homme. Mais le fait n’a jamais été objectivement observé. Quant aux prises qui permettent de projeter facilement un colosse, elles ne sont que le résultat d’un patient et sévère entraînement. Il ne suffit pas de connaître la technique, ce qui est relativement facile, il faut surtout la comprendre et apprendre à l’appliquer. A ce propos, rappelons les mots de Jigoro Kano lui-même«judo, c’est 5 % d’inspiration et 95 % de transpiration ! »

 

 

- Différentes compétitions

 

Les premiers adeptes européens abordèrent le judo par le biais du ju-jitsu, un aspect utilitaire de l’art déjà porteur de tous ses principes essentiels. Bien longtemps, les fidèles des dojos ne voulurent voir dans l’apprentissage et l’utilisation des bases techniques qu’une méthode d’auto-défense séduisante… et extrêmement pratique pour se tirer d’un mauvais pas, d’une agression. Le judo lui-même et la forme dans laquelle il était pratiqué avaient à peu prés le même visage que les assauts à l’épée chez un maître d’armes du XVII éme siècle

L’entraînement avait certes lieu dans un esprit d’amicale coopération, mais la finalité du travail accompli en salle… c’était surtout le duel futurCe n’est que lentement que l’entraînement mêlé ju-jitsu/judo montra bien que le combat sportif pouvait avoir un intérêt en soi, pouvait déboucher sur un sport de combat pourvu que les choses fussent codifiées. La mutation s’accélérant, les puristes n’acceptèrent le judo sport que dans la mesure où les compétiteurs voulurent bien s’en tenir à des actions respectant ses lois physiques spécifiquesnon-résistance à l’adversaire, utilisation de ses déplacements, de ses déséquilibres, etc. Bien entendu, il ne pouvait être question d’évoquer des catégories de poids sans risquer l’anathèmeC’est dans cette vision des choses que furent organisés les premiers championnats nationaux, les premières rencontres internationales.

 

De nos jours, il est convenu d’admettre qu’un judoka doit d’abord s’efforcer d’assimiler toutes les techniques, puis de les appliquer en recherchant intuitivement les temps d’attaques et enfin de fortifier son corps sans rien négliger des méthodes modernes d’entraînement communes à bien des disciplines sportivesfooting, musculation, oxygénation par des jeux collectifs de plein air. Bien entendu, on trouvera aujourd’hui, parmi les champions, des judokas dont les qualités dominantes résident surtout dans une technique exceptionnelle, alors que d’autres connaissent de brillants résultats en fonction de leurs qualités physiques et que certains triomphent grâce à leur sens tactique. Tous ont leurs admirateurs, tous ont leurs tenants. En réalité, les judokas de trés haut niveau s’efforcent de ne rien négliger, de travailler ferme leurs points faibles pour être à la fois techniciens, athlètes et tacticiens.

Mais l’on s’aperçut bien vite que les vainqueurs était le plus souvent des athlètes d’au moins 80 kg… et que les poids légers n’avaient que bien peu de chance de figurer dans les sélections nationalesEt l’on arriva aux catégories de poids, devant la nécessité d’ouvrir à tous les joies de la compétition. L’influence des judokas de l’Est (de l’U.R.S.S tout d’abord) mit aussi bien en évidence que la condition physique, la force pure constituaient des éléments non négligeables dés lors que l’on visait la victoire. Les plus fines techniques gagnaient donc à être pratiquées par des judokas rapides, puissants et bien entraînésCette évolution fut lente. Elle suscita maintes querelles, éternelle bataille entre la foi et la raison…

 

 

- A la conquête du Monde

 

Cent deux nations sont affiliées à la Fédération internationale de judo. Cet organisme étant lui-même divisé en cinq unions continentales… on peut affirmer que le judo est un sport universel. Divers recoupements montrent que le nombre des pratiquants peut être évalué à dix millionsNaturellement c’est le Japon, la nation-mére, qui compte encore le plus grand nombre de judokas. Une forte pratique dans les milieux scolaires et universitaires en est la raison première. La France, avec une organisation fortement structurée, vient ensuite, la F.F.J.D.A. recueillant chaque année plus de 300licences sportives, c'est-à-dire plus de 300pratiquants sérieux, engagés, pouvant participer aux compétitions officielles… L’Europe occidentale voit aussi un judo en plein développement, les plus tôt venus ayant été les Anglais dont le premier club fut fondé en 1919. Dés que des «’accession aux Jeux Olympiques» apparurent probables, on vit l’Europe de l’Est venir au judo, et tout d’abord l’U.R.S.S., formidable réservoir de combattants parfois formés par le «», une lutte nationale aux nombreux points communs avec le judo (le vêtement, les clés, certaines projections). Ouvert très tôt au «sportif», notre pays entraîna l’Europe limitrophe en exportant quelques-uns de ses meilleurs professeurs au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi de la Suisse, du Luxembourg, de l’Espagne, de la Belgique… alors que d’autres se faisaient les apôtres de l’art souple au Canada, en Afrique du Nord, en Afrique noire, en Amérique centrale.

 

Pratiquant le judo par fidélité aux usages de la patrie de leurs ancêtres, les «» (Japonais de deuxième génération) ouvrirent des dojos pour les importantes colonies nippones du Brésil (500Japonais à Sao Paulo), de la côte californienne, de l’Ouest du Canada. Mais l’ouverture de toute la terre à la méthode du professeur Kano trouve sa meilleure explication dans la politique japonaise «’exportation» de ses meilleurs experts et dans la création de «spéciales» organisées pour les étrangers dans les plus fameuses écoles japonaises. Le Japon a ainsi tissé dans le monde tout un réseau d’amitiés nécessaires, toute une trame de dojos accueillant des garçons et des filles considérant avec sympathie un aspect de la culture nippone… souvent complété par une étude plus large du monde japonais. Mais sans doute est-ce sous l’influence de l’Europe et des dirigeants de son Union que le judo peut apparaître aujourd’hui comme un sport cohérent, organisé pour permettre rencontres et championnats, qu’il peut aussi être reconnu en qualité de discipline olympique. Chaque année les élites se rendent au Japon pour tenter de percer les secrets des judokas japonais. Stages d’entraînement et de perfectionnement se multiplient au Kodokan, dans les universités de Tenri, de Tokai, de Meiji, de Waseda, de Chuo, de Keio… Tous les judokas du monde reconnaissent implicitement la supériorité du style japonais qui demeure le meilleur du monde.

 

 

- Le Judo en France

 

1947 fut l’année de la création de la Fédération française de judo. Cette même année vit aussi l’apparition du Collège national des ceintures noires, qui a pour vocation de réunir les experts en une amicale. Il concurrença longtemps la fédération habilitée, jusqu’à créer une séparation qui ne cessa qu’en 1972. L’immédiat après guerre a aussi vu la naissance de l’Union européenne de judo, de la Fédération internationale de judo. Ces organismes permirent et officialisèrent rencontres et championnats internationaux qui devaient déboucher sur une consécration suprêmel’accession du judo au rang de discipline olympique avec les jeux de Munich, en 1972.

A la belle époque, nos grands pères, déjà, connaissaient le Ju-Jitstu, d’étonnants petits Japonais ayant tenté de faire connaître un peu partout en Europe un art hérité de leurs ancêtres. Les chroniques des années 1900 font état de numéros de music-hall, de défis à des lutteurs, à des hommes forts. A cette époque, le Ju-Jitsu – il n’était pas encore question de judo – était surtout un spectacle, un objet de curiosité… et bien rares étaient ceux qui entreprenaient la difficile étude de «’art souple», mis à part quelques militaires et quelques policiers. L’aventure du judo français n’a réellement commencé qu’en 1935 avec l’arrivée dans notre pays du professeur japonais Mikinosuke Kawaishi. Homme de caractère, le maître Kawaishi sut à merveille comprendre les Français et plus généralement les Occidentaux.

 

C’est à lui que nous devons notamment les ceintures de couleur qui jalonnent les progrès des néophytes entre la ceinture blanche et la ceinture noire. De nature plus patiente que les Européens, les Nippons savent attendre les deux ou trois années qui sont nécessaires aux débutants pour atteindre le premier dan de la ceinture noire. Nos compatriotes avaient besoin de marques symbolisant leurs progrèsCette «des ceintures» est une des raisons psychologiques du succès rapide du judo en France. M. Kawaishi eut aussi le mérite de créer une méthode qui séduisit le caractère cartésien des Français. Au Japon une large part peut être faite à l’intuition et à l’imitation des maîtres… nombreux dans les dojos. En Occident, sans ce fameux système, dit «éthode Kawaishi», il est bien certain que le judo aurait connu quelques mécomptes. L’honneur d’une réussite initiale revient donc à ce premier professeur installé au cœur du Quartier Latin à Paris. Le premier dojo accueillit des élèves venant des milieux scientifiques, littéraires, artistiques, journalistiques… qui apportèrent immédiatement au judo une caution morale et une nécessaire promotion. La guerre passa alors sur le judo, ralentissant son développement. La paix revenue, ce fut tout de suite une explosion, le titre «noire» valant l’autorisation (au moins moraled’enseigner.

Quelques chiffres aideront à préciser l’importance du judo dans la France sportive aujourd’hui. Ce sport venu «’ailleurs», constitue un véritable phénomène social. La France est couverte de «» et l’officielle Fédération française de judo compte 4267 clubs régulièrement affiliés, alors que de nombreuses sociétés sont rattachées à des fédérations dites affinitaires, telle l’U.F.O.L.E.P, la F.S.G.T, l’U.G.S.E.L, etc. Plus de 320judokas ont souscrit une licence pour «’année sportive» 1979 – 1980. Ces chiffres placent le judo au troisième rang des sports pratiqués dans notre pays. Une structuration très remarquable permet de l’administrer, d’organiser à tous les niveaux des compétitions, d’assurer la formation de cadres enseignants. L’histoire de l’implantation du judo en France vaut sans doute d’être contée.

 

 

 

 

Édité par Hervé Grosjean - Webmaster du site judo club de montdidier

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